LES VÉRITÉS SUR LE PROTOCOLE DE LONDRES
Combien
coûtent réellement les traductions ?
Pour justifier l’intérêt de ratifier ce traité, le MEDEF
met en avant le coût très élevé des traductions. Or une
étude a été réalisée par le cabinet Roland Berger Market
Research, pour le compte de l’OEB, (parue dans le bulletin
de l’INPI : note d’actualité de décembre 2005) sous
forme d’enquête auprès d’environ 250 déposants ayant obtenu
la délivrance de brevets en 2002/2003, de nombreux conseils
en propriété industrielle et des sociétés de traduction.
Cette étude révèle que le coût total d’obtention d’un
brevet pour une demande type s’élève à
26 630 euros, dont
3 930 euros pour les coûts de
traduction. Ces coûts de
traduction ne représentent donc que
14,7% du coût total
d’obtention d’un brevet européen.
On est donc très loin des 40% des coûts de traduction
avancés par le MEDEF pour justifier son soutien au
protocole de Londres. Ce chiffre de
40% prend uniquement en compte quelques cas extrêmes comme
celui des grandes entreprises de pharmacie et de
biotechnologie qui ont les coûts de traduction les plus
élevés.
Ainsi, les économies sur les coûts des traductions
seraient, en réalité, tout à fait modestes, et d’autant
plus modestes si l’on rajoute au coût de dépôt des brevets
celui du coût de maintien, c’est-à-dire celui nécessaire
pour assurer sa pérennité dans le temps, soit
37 500 euros.
Pour en savoir plus sur les coûts réels de la traduction
des brevets, consulter ce document de l'INPI :
www.inpi.fr/ressources/documents/ObsP
Dans
quelles langues sont déposés les brevets en
Europe ?
La croissance
de l’anglais dans le dépôt des brevets européens apparaît
comme irréversible (Source : OEB) : En 1980,
l’anglais représentait 50,6% des dépôts de brevets, contre
35,8% en allemand et 13,6% en français. En 2000, l’anglais
représentait déjà 71% des dépôts de brevets, l’allemand
22,4% et le français ne représentait plus que 6,5% des
dépôts. Ainsi, l’INSERM dépose déjà 85% de ses brevets
directement en anglais !
Avec
le régime de traduction actuellement en vigueur, 100% des
brevets sont donc disponibles en français alors que si le
protocole de Londres était ratifié, seulement 6,5% des
brevets seraient disponibles en
français.
Faute de réciprocité, notamment avec les États-Unis, la
ratification du protocole de Londres inciterait les
entreprises et les centres de recherche français à déposer
directement leurs demandes de brevets en anglais. Les mots
nouveaux qu’on trouve dans les brevets d’invention
n’existeraient plus qu’en anglais.
Qui
seraient les gagnants et les perdants si le protocole de
Londres était ratifié par la
France ?
En supprimant l’obligation de traduire les brevets en
français ou en allemand, le protocole de Londres allégerait
les coûts d’accès du marché européen pour les entreprises
américaines, japonaises et chinoises qui seront encouragées
à déposer des brevets en Europe pour freiner leurs
concurrents.
Ainsi,
ce manque de réciprocité aboutirait à créer une concurrence
déloyale dont nos entreprises feraient les
frais.
Quels
seraient en Europe les effets juridiques de la ratification
du protocole de Londres ?
La ratification du protocole de Londres créerait une
profonde inégalité de situation entre les États. Tandis que
la France serait obligée de reconnaître sur son territoire
des brevets en anglais ou en allemand, d’autres pays
importants continueraient d’exiger ou de bénéficier, dans
la plupart des cas, d’une traduction dans leur langue
nationale même pour les brevets d’origine française :
Autriche, Irlande, Espagne, Italie, Grèce, etc. La
ratification du protocole affaiblirait la filière française
de la propriété industrielle, affecterait également
l’attractivité du droit français et de la place de la
France, qui conditionnent son attractivité économique.
Quelles
seraient les conséquences du protocole sur le coût de la
veille technologique ?
Le protocole de
Londres accroîtrait considérablement le coût de la veille
technologique tout aussi indispensable que le dépôt de
brevets pour favoriser le développement de l’innovation
dans notre pays. Ce seront les PME qui en souffriront le
plus car elles devront supporter le coût de la traduction
en français des brevets alors que certaines grandes
entreprises ont les moyens de se passer de cette
traduction, étant donné que l'anglais est déjà leur langue
de travail.
Comment
aider les petites entreprises et les chercheurs
« personnes physiques » et organismes publics à
déposer les brevets en diminuant le coût des
dépôts ?
Il suffit d’utiliser les nouveaux moyens mis en œuvre par
les pouvoirs publics et par OSEO, la banque publique d’aide
aux PME, pour financer les premiers dépôts de brevets, et
qui réduisent de façon très importante le coût des
brevets : prise en charge jusqu’à 7 000 euros.
D’autres pays, comme les États-Unis, procèdent aussi de la
sorte pour inciter les PME à déposer des brevets.