Paris le 1er octobre
2007
COMITÉ CONTRE LA RATIFICATION DU PROTOCOLE
DE LONDRES
LA GRANDE MANIPULATION DU MEDEF SUR LE PROTOCOLE DE LONDRES
POUR IMPOSER LE TOUT ANGLAIS AU PROFIT DES GRANDES
ENTREPRISES INTERNATIONALES
Le
gouvernement et les élus de l’Assemblée nationale se sont
fait abuser par une grande manipulation du MEDEF qui a
instrumentalisé le coût soi-disant exorbitant de la
traduction des brevets pour imposer, à travers le protocole
de Londres, le tout-anglais dans la recherche. Il en
résultera une très forte fragilisation des PME françaises
dans la protection des résultats de leur recherche, au plus
grand profit des grandes entreprises
internationales.
Tout le « lobbying » du MEDEF depuis près de
10 ans, d’abord auprès du gouvernement socialiste de
l'époque (2001), puis auprès du Gouvernement actuel, en
faveur du protocole de Londres, est fondé sur la demande de
réduction du coût soi-disant exorbitant de la
traduction : ces frais de traduction constitueraient,
d’après lui, 40 % du coût du
dépôt des brevets.
C’est le chiffre repris constamment par le Gouvernement et
tous les partisans du protocole. D’où ce chiffre
vient-il ? Personne ne le sait. Et le MEDEF est
incapable de le justifier, sinon dans un cas de figure particulier
que nous allons expliciter. C’est en fait un
chiffre faux, instrumentalisé par le MEDEF pour justifier
la nécessité de supprimer la traduction des brevets,
soi-disant pour favoriser le
développement de la recherche dans les PME alors qu’il va
favoriser le tout-anglais et les grandes entreprises qui
déposent beaucoup de brevets. Cette technique de
négociation employée par le MEDEF est connue sous le nom de
la méthode des « faux pivots » : le MEDEF
fait semblant de négocier sur un point en apparence majeur
(le coût de la traduction) alors qu’en fait son but caché
est d’obtenir autre chose de bien plus important :
imposer en Europe le tout-anglais dans la recherche et le
droit des affaires.
LE MENSONGE SUR LE COÛT
DE TRADUCTION DES BREVETS
Pour connaître le coût d’un brevet, et en particulier celui
de la traduction, il suffit d’interroger l’OEB qui a fait
une étude récente fondée sur une enquête auprès de plus de
200 entreprises. Cette étude est disponible sur le
site de l’INPI. Ses conclusions sont
édifiantes : le coût de la
traduction est, en moyenne, inférieur à 15 % du coût
total du dépôt. Le
coût moyen du dépôt d’un brevet est ainsi de
32 000 euros, dont 4 600 euros,
en moyenne, pour la traduction (sur la base d’un dépôt de brevet de
18 pages dans 6 pays et pour 10 ans).
Certes, ce n’est pas négligeable. Mais c’est sans commune
mesure avec les autres postes de coûts du dépôt de brevet
et en particulier le coût des taxes
prélevées par l’OEB qui représentent 5 à 6 fois le coût de
la traduction, soit l’essentiel du coût du dépôt des
brevets. Les résultats
de cette étude ne sont pas étonnants mais jamais évoqués
par les partisans du protocole de Londres car ils remettent
en cause toute l’argumentation du MEDEF et du Gouvernement.
Aux taxes prélevées par l’OEB, il faudrait aussi rajouter
pour les entreprises françaises les taxes ensuite prélevées
par l’INPI. De cette double taxation personne n’en parle
non plus.
LE VRAI COÛT D'UN
BREVET POUR UNE PME
Il suffit de faire un petit calcul simple à partir de
chiffres facilement vérifiables, en allant interroger les
traducteurs et les cabinets de conseils en propriété
industrielle.
Une page de traduction
de brevet (environ 300 mots à 0,20 euro/mot) est
facturée 60,00 euros par un bureau spécialisé en
dépôts de brevets, soit 900,00 euros par langue pour
un brevet de 15 pages, cas le plus fréquent pour une
PME.
Une PME française qui dépose un brevet en français devra
donc en moyenne consacrer
900 euros 2 = 1 800 euros
pour la traduction dans les deux autres langues officielles
(anglais et allemand), pour une protection sur 10 ans,
soit 1 800 euros/10 = 180,00 euros par
an et pour deux langues ! C’est incontestable. Cette somme de
1 800 euros pour la traduction, cas le plus
fréquent pour une PME, représente à peine pour elle
10 %
du coût total du brevet. Ainsi l’enjeu économique du
protocole de Londres pour les PME est marginal.
Par contre, l'enjeu juridique est considérable. Ce
protocole placera ces petites entreprises, par la
généralisation du tout-anglais dans les dépôts de brevets,
dans une insécurité juridique qui va les fragiliser
considérablement et les découragera encore plus de déposer
des brevets. Pourquoi le MEDEF se bagarre-t-il alors si
ardemment pour diminuer le coût de la traduction des
brevets (1 800 euros pour une PME) ? Parce
que l'enjeu pour le MEDEF n’est pas dans la défense des PME
mais au contraire de favoriser les grandes entreprises.
POURQUOI LES GRANDES ENTREPRISES SERONT-ELLES LES GRANDES
GAGNANTES DE CE PROTOCOLE DE LONDRES ?
Alors, d’où vient le chiffre de 40 % avancé par le
MEDEF pour le coût de la traduction, sans aucune preuve et
que tout le monde a accepté sans en vérifier
l’exactitude ? Ce chiffre est vicieux car pas
complètement faux. Il correspond par exemple aux coûts de
traduction des grands laboratoires pharmaceutiques qui
déposent des brevets comportant plusieurs centaines de
pages et dans de très nombreuses langues, hormis celles qui
sont officielles. Pour ces entreprises, le coût de la
traduction peut en effet atteindre 40 % du coût du
brevet. Et par miracle, c’est le chiffre avancé par le
MEDEF ! Plus c’est gros, plus ça passe !
Le MEDEF
prend un cas exceptionnel et limite, représentatif de celui
des grandes entreprises internationales, et laisse croire
que c’est celui payé par les PME : c’est la technique
bien connue de l’amalgame. On fait semblant de défendre les
petites entreprises pour défendre en réalité les intérêts
des grosses, ce qu’on ne peut pas reprocher au MEDEF. Mais
pourquoi la CGPME et le Gouvernement les suivent-ils
aveuglément ?
Les grands gagnants de ce protocole de Londres, ce seront
aussi les grandes entreprises multinationales qui déposent
annuellement des dizaines, voire des centaines de
brevets, soit pour se
protéger de la concurrence, soit, en raison de la technique
du « bouquet », pour étouffer les initiatives des
PME qui prétendraient jouer dans la cour des grands. Un
petit gain sur chaque traduction d’un brevet est d’autant
plus intéressant que le nombre de brevets déposés et le
nombre de pages du brevet sont élevés. On mesure l’enjeu
économique pour Philips qui a déposé 4425 brevets en 2006,
pour Samsung 2355, Siemens 2319, Mitsushita 1529, LG
Electronics 1214, Sony, 1088, General Electrics 768, 3M 601
brevets, etc.
Inversement, les PME qui déposeront seulement quelques
brevets, avec un nombre de pages moyen, plutôt faible, au
cours de toute leur vie, n’économiseront que quelques
centaines d’euros avec la suppression des coûts de
traduction que prévoit le protocole de Londres.
POURQUOI LE MEDEF NE
DÉNONCE-T-IL PAS LES COÛTS EXORBITANTS DES TAXES PRÉLEVÉES
PAR LE MEDEF POUR DIMINUER LE COÛT DES BREVETS ?
Pour diminuer le coût des dépôts de brevets, ce qui est un
objectif louable, il suffirait de diminuer le montant des
taxes prélevées par l’OEB, qui représentent la plus grosse
partie des coûts. Si les coûts de dépôts des entreprises
aux États-Unis sont beaucoup plus faibles qu’en France,
comme le répète à l’envie le MEDEF, c’est parce que les
taxes de l’Office américain des brevets sont en effet
beaucoup moins élevées. Pourquoi le MEDEF ne
dénonce-t-il pas les taxes de l’OEB, lui qui est tellement
revendicatif sur toutes les taxes et impôts ?
LES COÛTS EXORBITANTS
DE L’OEB
L'OEB est devenu une véritable entreprise de services pour
ses clients, majoritairement les grandes entreprises
internationales qui le font vivre. Les tarifs sont à la
hauteur de ces services. Il suffit d’aller sur le site de l’OEB
pour constater le coût exorbitant des taxes
prélevées :
(cf. site OEB ci-dessous : epoline)
Taxe d’examen : 1 335 euros
Taxe de délivrance : 750 euros
Taxe de recherche internationale : 1 615 euros
Taxe pour recherche européenne : 1 000 euros
Taxe de délivrance de brevet + impression (35 pages
max) : 750 euros
Taxe d’impression
(photocopies), pour chaque page à partir de la
36e page : 11 euros la page !!!
Taxe pour chaque
revendication à partir de la 11e : 45 euros/page
Taxe de redevance pour un avis technique : 3 185
euros !
Etc.
Quand on compare le
coût de ces taxes cumulatives de l’OEB (sans parler des
taxes additionnelles de l’INPI) au coût de traduction, on
comprend que le problème des PME ne se situe pas au niveau
des coûts de traduction qui sont marginaux pour ces petites
entreprises : 15 % du coût. Le coût
« repoussoir » se situe au niveau des taxes
prélevées par l’OEB, sans avoir la garantie d'un retour sur
investissement puisque les PME sont très dubitatives sur le
niveau de la protection juridique assurée par ce brevet.
LA VÉRITÉ SUR LA FAIBLESSE DU NOMBRE DE BREVETS DÉPOSÉS PAR
LES PME
Si les PME françaises ne déposent pas suffisamment de
brevets, c’est non seulement parce que les taxes de l’OEB
sont dissuasives mais sans doute aussi pour une autre
raison plus fondamentale : les PME n’ont pas du
tout confiance dans la capacité du système juridique
français à les défendre en cas de litiges. Cette confiance
sera encore altérée par le quasi-monopole de la langue
anglaise dans la rédaction des brevets qui serait
consécutif à la ratification du protocole de Londres et qui
va augmenter les incertitudes des PME à pouvoir bien se
défendre en cas de litiges. Autant cacher sa découverte si la PME a
peu de chances de gagner un litige et dans des délais
raisonnables face à une grande entreprise qui a les moyens
de payer de grands cabinets d’avocats. C’est probablement
dans le système actuel une bonne analyse de risques de la
part des PME, analyse bien différente pour les grandes
entreprises pour les raisons inverses. On notera que les
entreprises allemandes dont les coûts de dépôt des brevets
sont supérieurs aux nôtres déposent trois fois plus de
brevets que la France !
UNE AVANCÉE DU MEDEF
POUR IMPOSER LE TOUT-ANGLAIS QUI FRAGILISERA LES PME
Ainsi automatiquement les dépôts de brevets en anglais
seront les grands gagnants de ce protocole de Londres
puisque ce sera la solution adoptée par toutes les grandes
entreprises et institutions européennes et mondiales pour
faire des économies sur les coûts de traduction et aussi
être plus opaques vis-à-vis des PME concurrentes.
La suppression de la traduction obligatoire et donc le
dépôt de brevets dans la seule langue anglaise (ou
allemande, encore plus) ne constitue-t-elle pas également
une entorse au droit de la
concurrence ? : il n’y a pas de libre concurrence sans
transparence. Or, la domination de la langue anglaise dans
les brevets annoncée avec ce protocole sera un facteur
d’opacité et aussi d’incertitudes juridiques majeures pour
les PME qui n’ont pas les services juridiques structurés,
ni une culture anglaise pour veiller et se défendre dans
les conflits potentiels avec les grandes entreprises.
Ainsi, les grands
gagnants de ce protocole seront les grandes entreprises à
culture ou d’origine anglo-saxonne, qu’elles soient
françaises, européennes, américaines ou japonaises et non
les PME françaises : la ratification de ce protocole
n’engendrera pas l’accroissement du nombre de dépôts de
brevets en français par les PME, c’est le phénomène inverse
qui se produira. Le protocole de Londres va renforcer la
prédominance de l’anglais et des grandes entreprises dans
les dépôts de brevets et dans la recherche européenne. Ce
ne sera pas non plus un atout pour la croissance car seules
les PME sont créatrices nettes d’emplois alors que les
grandes entreprises sont plutôt destructrices d’emplois.
CONCLUSIONS :
Le MEDEF a donc instrumentalisé habilement le coût de la
traduction des brevets à l’OEB pour favoriser en fait la
protection de la recherche et le développement des grandes
entreprises, ce qui est logique de sa part. On comprendra
moins la position de la CGPME car les intérêts sont
manifestement contradictoires.
LE SÉNAT SE
LAISSERA-T-IL ABUSER PAR LE MEDEF COMME L’ASSEMBLÉE
NATIONALE ? Réponse dans 10 jours…
Paris le 1er
octobre 2007
Le Comité contre la
ratification du Protocole de Londres
Contact : Gil Kressmann
Chargé de communication du Comité contre la ratification du
protocole de Londres.
Tél. : 06 83 46 55 33
VISITEZ le site de l’OEB pour connaître les
tarifs pratiqués par l’OEB.
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