ILS ONT DÉCLARÉ À PROPOS DU PROTOCOLE DE LONDRES


Christian Poncelet, président du Sénat :
« À quoi bon se battre pour la culture, prétendre avoir une autre vision de sa place dans la société, défendre une certaine idée de la France, si au jour le jour, nous sommes prêts à ces lâchetés quotidiennes au nom de la soi-disant efficacité et en général de la simple vanité. Vanité d’être publié, de paraître international d’autant plus parfois qu’on est médiocre. Le protocole de Londres sur les brevets, hélas signé par le précédent gouvernement, que Jean-Pierre Raffarin avait d’ailleurs dénoncé lorsqu’il était sénateur, mérite, puisqu’il n’est pas encore ratifié, un réexamen attentif car nous ne pouvons accepter ses dispositions conduisant au tout anglais dans ce domaine stratégique. »

Jean Foyer, ancien ministre de la Justice, garde des Sceaux: « Je considère le mécanisme de l’accord de Londres comme l’amorce en France d’une euthanasie de la langue française qu’on entoure d’un traitement qui lui évitera de sentir le fil du couperet. Il y a de l’anesthésie mais c’est tout de même la fin de la langue française comme langue technologique. Quand toute la technologie sera passée en anglais, tout le reste y passera, car quand on parlera anglais à l’atelier, à l’usine, à l’université, dans les laboratoires... on cessera aussi de parler français à la maison et à l’école. »

Claude Hagège, professeur honoraire au Collège de France : « Le protocole de Londres sur les brevets d’invention doit être vu pour ce qu’il est : un acte de guerre contre les langues et leur diversité. Sa ratification serait une erreur aussi dramatique qu’absurde. Il est certain que face aux menaces de la violence dans le monde contemporain, la solidarité de l’Europe et d’autres parties du monde avec les États-Unis est justifiée. Mais est-ce assez pour que tous ces pays immolent leur souveraineté linguistique, culturelle et donc, en dernier ressort, économique et politique ? » ... L'article intégral de Claude Hagège ...

Académie française : « Le français étant la langue de la République, la France ne peut accepter que les textes en langues étrangères aient force de droit sur son territoire. En fait par le biais des brevets se trouve une nouvelle fois posée la question que nul n’ose aborder de front : quelle langue, quelles langues doit parler l’Europe ? Économiser sur les traductions, c’est non seulement mettre en péril les langues nationales mais aussi amputer la plus irremplaçable richesse de notre continent : sa diversité. Pour ces raisons l’Académie française demande solennellement aux pouvoirs publics de ne pas signer le Protocole de Londres. »

L’Académie des sciences morales et politiques met l’accent sur « le danger d’accélérer et de généraliser un mouvement tendant à faire de la langue anglaise la langue unique de la technologie et de l’industrie. »

Jacques Attali : « Et la francophonie s’incarne désormais dans une organisation internationale puissante et respectée. Pourtant, la langue française est de plus en plus menacée : les nouvelles technologies de communication favorisent les langues dominantes et les sciences s’écrivent de plus en plus en anglais, lequel pourrait même, bientôt, devenir la langue unique des brevets, si le protocole de Londres était finalement ratifié. [...] Le projet le plus urgent devrait donc être aujourd’hui de créer une vraie BNF, une bibliothèque numérique francophone, qui numériserait, pour qu’ils soient accessibles en français, tous les savoirs francophones. [...] La France a encore une chance de ne pas accuser un retard irrémédiable. »

Vincent Peillon, député socialiste : « Qui doit décider de la politique linguistique et technologique de la France et de l’Europe ? Les grands industriels ou les députés ?Au-delà des brevets d’invention, c’est le sort de la langue française qui se joue, plus précisément du français technique et scientifique. »

Jacques Myard, député UMP : « On ne voit pas ce que les entreprises françaises gagneraient au protocole de Londres. En revanche, on voit ce qu’elles y perdraient en se plaçant en position de faiblesse concurrentielle vis-à-vis des multinationales américaines, entre autres, qui nous imposeraient la multiplication des brevets à charge pour les entreprises françaises de les traduire pour éviter d’être poursuivies pour contrefaçon. »

Charte européenne du plurilinguisme : « Le plurilinguisme est un élément essentiel de l’innovation scientifique. Dans le domaine de la pensée, la créativité est liée à la langue maternelle et à la culture. Les sciences de la culture sont par construction interculturelles. La variété d’approches scientifiques complémentaires est une source de richesse qui ne peut être atteinte au travers d’une seule langue. »

CNCPI (Compagnie nationale des Conseils en propriété industrielle) : « La ratification du protocole de Londres ne contribuerait pas à stimuler l’activité de dépôt des entreprises françaises. Ratifier ce texte serait un ‘cadeau’ sans contrepartie aux multinationales anglo-saxonnes et japonaises, qui pourraient déposer plus de brevets encore, et renforcer leur hégémonie et la dépendance juridique et technologique de la France notamment. Ce texte créerait plus d’incertitude juridique pour les entreprises françaises, qui devraient faire face à des brevets européens qui, pour l’essentiel, ne seraient plus disponibles en français et qu’elles seraient obligées de traduire à leurs propres frais pour en maîtriser la portée. »

Branislav Stanicek, boursier slovaque : « L’introduction d’un nouveau régime linguistique pour le dépôt des brevets en Europe consacrera l’anglais comme l’unique langue scientifique et technique. »

Nicolas Dupont-Aignan, député UMP : « D'un point de vue purement économique, la ratification du protocole de Londres donne une prime à nos concurrents qui jouissent déjà d'une position dominante. [...] Il faut en effet savoir que la traduction en français des brevets étrangers constitue pour nos entreprises et pour toutes les entreprises des pays francophones une source d'information très importante pour appréhender les connaissances technologiques de leurs concurrents. [...] Si le protocole de Londres entre en vigueur, les entreprises françaises ne feront aucunement l'économie de la traduction en anglais, si comme c'est le cas la plupart du temps, elles souhaitent étendre les effets de leurs brevets aux Etats-Unis par le Traité de coopération en matière de brevets. Mais surtout car elles devront faire traduire les brevets pour accéder aux connaissances des brevets américains, anglais et allemands : sur le plan économique, elles perdront 100 fois plus ! C'est proprement une ineptie ! »

Alain Patry (président de l'Association des professionnels de la traduction des brevets d'invention) : « Pourquoi la France ne doit pas ratifier le protocole de Londres ? Ce texte est dangereux pour l'avenir de la langue française, du plurilinguisme en Europe, pour l'avenir industriel et économique de la France. Fort audacieux, les défenseurs du protocole n'hésitent pas à user et à abuser d'arguments fallacieux, prétendant que la traduction représente 40 % du coût d'obtention d'un brevet (au lieu des 15 % réels), que le protocole de Londres garantirait le rayonnement de la langue française (alors que la part de la francophonie passerait de 100 % à 7 %), et que les entreprises françaises déposeraient davantage de brevets (sachant qu'il n'y a aucun lien entre les dépôts de brevets et le coût de la traduction). Il faut réduire les taxes et lancer une grande politique de la culture des brevets en France. Il serait suicidaire, pour la France, d'immoler la langue française en ratifiant le protocole de Londres. »

Jean Dutourd, de l'Académie française, président de Défense de la langue française, tient une nouvelle fois à alerter l'opinion sur les dangers que courent la langue française et les autres langues, au cas où le protocole de Londres serait ratifié.